L'instabilité politique : un épouvantail à l'investissement Imprimer Envoyer

Plusieurs freins à l'investissement ont fait l'objet de débats pendant les deux journées de réflexions des Etats généraux de l'investissement, les 12 et 13 mars 2012. Mais, selon le ministre du Commerce et de l'Industrie, Wilson Laleau, l'un de ces freins est surdéterminant et détruit la vie en Haïti : l'instabilité politique. A ce sujet, le ministre est catégorique : « Les leaders politiques peuvent, certes, s'affronter, mais leurs batailles doivent au moins avoir un sens : ils ne peuvent pas se battre pour une dépouille », critique le ministre Laleau, déplorant dans le pays une crise politique « permanente », nocive à l'environnement des affaires.

La conjoncture sociopolitique est aujourd'hui instable, fragile. Selon de nombreux observateurs, les signaux institutionnels et économiques ne se prêtent pas encore à l'investissement. Wilson Laleau, ancien professeur d'économie, déplore le contexte actuel et souhaite que la population responsabilise davantage les acteurs politiques. De son avis, ces derniers passent plus de temps à perturber la vie sociale et politique au lieu d'exercer leur rôle de promoteur du bien-être national. Cette situation est exacerbée, explique-t-il, par l'absence d'institutions indépendantes capables de porter les politiques à écouter la voix de la raison.

L'organisation de la première édition des Etats généraux de l'investissement est basée sur un diagnostic partagé, révèle le ministre du Commerce : "Suite au second forum « Invest in Haiti », tenu en novembre dernier, peu d'investissements étrangers ont été réalisés dans l'économie ". La crise politique actuelle y serait pour quelque chose. « Durant les trente dernières années, nous n'avons jamais connu de périodes de tranquillité, alors que l'économie, l'investissement et la création d'emplois requièrent un certain « momentum » de stabilité », commente Wilson Laleau . La désertion des investisseurs potentiels serait le prix du temps perdu.

Dans ce climat d'incertitude, l'investissement n'arrivera pas de manière spontanée. « Alors, il faut l'inciter », préconise le ministre du Commerce. Plusieurs faiblesses du cadre macroéconomique national ont été mises à l'index au cours du premier panel de ces états généraux. Parmi ces obstacles à l'investissement, les intervenants ont discuté sur le fameux phénomène de la dollarisation, la porosité de la frontière haïtiano-dominicaine, la vulnérabilité de l'économie par rapport aux fluctuations des prix des produits pétroliers et alimentaires sur les marchés internationaux, le manque de compétitivité, la stagnation de la production, la forte dépendance de l'Etat par rapport au financement externe, la surliquidité du système bancaire, l'inadaptation de nombreuses lois économiques actuelles et la tertiairisation « non contrôlée » des activités. « De ces faiblesses macroéconomiques exposées, rien de nouveau sous le soleil », commente le président de l'Association haïtienne des économistes, Eddy Labossière, pour qui ces sujets reviennent toujours, sans solution, depuis des années dans les grands rendez-vous économiques.

Si la plupart des questions soulevées lors de ces assises sur l'investissement ne sont pas nouvelles, les ateliers ont eu l'avantage de rassembler divers acteurs autour des problématiques de l'investissement et de l'entrepreneuriat. La politique de l'investissement qui devrait en découler nécessitera, pour être mise en oeuvre, la participation de toute la nation..., « notamment, le Parlement pour le vote de nouvelles lois», souligne le ministre Laleau.

Il faut rappeler qu'en janvier dernier, le président de l'Assemblée nationale, Dieuseul Simon Desras , n'avait pas caché ses doutes quant à la capacité de l'administration actuelle à convertir sa vision économique en actes concrets. Selon lui, de la question de l'investissement, on ne fait qu'en parler au niveau du gouvernement. Aucune loi à caractère économique n'a été présentée devant le Sénat ni la Chambre des députés par l'administration Martelly, commentait le parlementaire.

Carl-Henry CADET
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