Le gouvernement fixe les responsabilités sur les décès survenus suite à l’ingestion de boissons alcoolisées Imprimer Envoyer

Le ministre Jude Hervey Day a fait le point sur l’ingestion de boissons alcoolisées sur le marché local, ayant causé la mort de plusieurs personnes dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Le titulaire du MCI a indiqué l’implication de 3 ministères dans ce dossier et souligne que cette affaire est désormais remise à la justice.

Le Nouvelliste : Depuis plus de deux semaines, la consommation d’un clairin toxique cause la mort de plusieurs compatriotes dans le pays. Qu’est-ce que le ministère du Commerce et de l’Industrie peut dire de cette affaire ?

Jude Hervey Day : Il faut dire que les gens ne meurent pas de la consommation du clairin. Ce qu’ils ont acheté et bu n’est pas du clairin, mais plutôt une boisson alcoolisée a forte teneur en méthanol, diluée avec de l’eau ou du clairin. Il faut donc spécifier un produit toxique impropre à la consommation. En fait, altérer du méthanol, le «découper» comme on dit généralement, sans considérer son niveau de toxicité, n’en fait pas un clairin propre à la consommation. En pareil cas, le distributeur ne vend pas du clairin, mais un poison pour l’organisme au sens large du terme.

En Haïti, il est de coutume que le Carême demeure une période de grande consommation de clairin. Or, pour diverses raisons, la production de clairin baisse dans le pays. Certaines personnes malintentionnées veulent profiter de la hausse de la demande du clairin pour introduire ce produit toxique sur le marché. Bref, les gens boivent un composant alcoolique à partir d’un produit toxique.

LN : La consommation de ce produit a causé la mort de beaucoup de citoyens. Qu'a fait le gouvernement jusqu’ici ?

JHD : Une fois mis en connaissance des premiers décès, les ministères du Commerce et de l’Industrie, de la Santé publique et de la Population, de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural partageant la responsabilité du contrôle de qualité et de la protection du consommateur, soutenus par le ministère de la Justice et de la Sécurité publique et bénéficiant des avis scientifiques médico-légaux de la Direction sanitaire de l’Ouest du MSPP, ont procédé à l’analyse de plusieurs échantillons du produit qui a causé la mort de nos concitoyens.

À cette date, nous avons déjà épuisé la phase de recherche scientifique. La présence du méthanol a été constatée et des vendeurs détaillants du produit ont été identifiés. Le dossier a été transféré au Ministère de la Justice et de la Sécurité publique afin qu’à partir des éléments mis à notre disposition par les cadres de l’institut médico-légal, le commissaire du gouvernement puisse procéder à l’interrogatoire des personnes identifiées et remonter la filière ayant mis ce produit sur le marché à des fins de consommation.

LN : Il y a différents types d’alcool dans le pays. Pouvez-vous expliquer les procédés d’importation de l’alcool en Haïti ?

JHD : L’importation de l’alcool dans le pays est conditionnée par une démarche établie depuis 2012, suite aux premières dénonciations d’introduction illégale de l’éthanol. Première exigence, l’entreprise, nous disons bien l’entreprise, pas la personne, doit être enregistrée au Ministère du Commerce et de l’Industrie; cette entreprise doit produire une demande d’autorisation d’importation dans laquelle sont mentionnées la quantité et la provenance du produit ; à cette demande d’importation doivent être annexés les résultats d’analyse du laboratoire du fournisseur déterminant la catégorie d’alcool ainsi que l’autorisation délivrée par le Ministère de la Santé publique reconnaissant les besoins de ces produits par les entreprises pharmaceutiques listées par le demandeur.

Une fois le produit rendu en Haïti, le MCI prélève des échantillons afin de se prononcer sur la conformité du produit comme indiqué par les résultats d’analyse du fournisseur. Si aucune réserve n’est formulée, le Ministère du Commerce et de l’Industrie demande au Ministère de l’Économie et des Finances d’autoriser son dédouanement. -