DISCOURS D’INSTALLATION DE MADAME JESSY C. PETIT-FRERE Ministre Du Commerce et de l’Industrie Imprimer Envoyer


LE MARDI 29 MARS 2016

Monsieur Le Ministre,

Monsieur le Ministre sortant, M. Jude Hervey Day,

Mesdames, Messieurs les Anciens Ministres,

Monsieur le Directeur Général,

Mesdames, Messieurs les grands commis de l’Etat,

Mesdames, Messieurs, les Agents Economiques,

Distingués Invités,

Chers Parents,

Chers Amis,

Chers Anciens Collaborateurs,

Futurs Collaborateurs,

Permettez tout d’abord que je rende, en tout premier lieu, grâce au Dieu Tout-Puissant. « A lui soient tout honneur et toute gloire » de m’accorder le privilège de servir mon pays et mes compatriotes. Si je suis ici, que cela soit bien compris, c’est pour servir et non pour être servie.

Vous pouvez aisément deviner l’émotion qui est la mienne en ce jour, de vous porter ce discours, en l’absence de mes feu parents, des êtres chers, M. et Mme Nelson Petit-Frère, qui m’ont légué en héritage l’amour du pays, la rectitude, le gout de l’excellence et l’esprit de service.

Et combien, dois-je regretter aujourd’hui l’absence d’un mentor, ami et superviseur, feu Henri Bazin, Ex Ministre de l’Economie et des Finances, avec qui j’ai longtemps discuté des contraintes au développement du secteur privé, de la problématique législative, règlementaire et institutionnelle, de la lenteur ou lourdeur administrative, le coût élevé des procédures et des contraintes fiscales relatives aux petites entreprises et j’en passe…

L’émotion est encore plus vive de réintégrer le Ministère du Commerce et de l’Industrie. J’y ai fait mes premiers pas à la section « Inspection Commerciale, ensuite à la Direction du Commerce Extérieur, et aujourd’hui, j’ai l’honneur de le diriger à titre de Ministre. Je remercie ceux-là qui ont été de grands fonctionnaires exemplaires, rudes travailleurs, sachant que cela ne serait pas vain : POUR LA PATRIE COMMUNE, AUCUN SACRIFICE N’EST TROP GRAND

Je suis, si je ne m’abuse, la 5e femme Ministre du Commerce et de l’Industrie. C’est une fierté que par mon organe, la place des femmes est mesurée à l’aune de leur contribution à la consolidation des institutions de notre pays.

Je dois remercier particulièrement tous ceux qui m’ont vu agir et qui ont cru en moi et porté foi en mes capacités. En nous investissant de leurs confiance, le Chef de l’Etat, Son Excellence M. Jocelerme Privert et Son Excellence, le Premier Ministre Enex Jean Charles, nous donnent, les membres du gouvernement et moi-même, l’opportunité d’accomplir une mission combien difficile mais Ô combien noble malgré le court délai imparti.

Messieurs, Mesdames les Ministres,

Distingues invités,

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais saluer avec respect les actions de mes prédécesseurs et rendre hommage à leur détermination pour le travail accompli. De nombreuses réformes ont été engagées, qui ont ravivé un Ministère qui semblait devenir moribond. Il faut le reconnaitre, ceci a été fait dans un contexte particulier. Les effets de la crise économique et financière ont affecté l’économie mondiale. Haïti n’en était pas à l’abri et reste, malgré tout exposé aux fluctuations des prix et turbulences des marchés internationaux. Au moment où je m’adresse à vous, le renchérissement du coût de la vie et la dépréciation de la monnaie nationale continuent d’affecter fortement le pouvoir d’achat des ménages et les résultats des entreprises, exacerbant ainsi la pauvreté partout à travers le pays. Vue de ma fenêtre, les perspectives ne semblent guère rassurantes. Le constat partagé est le suivant:

  • · Un secteur privé des affaires en grande difficulté
  • · Un accès difficile aux financements bancaires et des coûts de financement élevés
  • · Un manque de dialogue entre l’État et le Secteur Privé
  • · Une législation désuète, dépassée et inapte aux exigences et aux besoins actuels
  • · Un ralentissement de la croissance de la production nationale
  • · Un manque de disponibilité des facteurs de production
  • · Des infrastructures de base inexistantes, et la liste est non exhaustive…


Mon adresse aujourd’hui sonne le glas du fatalisme, elle est donc tournée vers l’avenir, et pour cela nous devrions accélérer la marche vers un recentrage sur des priorités. Pourquoi ce choix ? Le secteur privé est le moteur du développement, l’essence de la croissance d’un pays. Le MCI sous mon règne sera donc un catalyseur. Les industries, les PME seront stimulées, encadrées afin de relancer la croissance dont l’effet multiplicateur générera des emplois durables. C’est de cela qu’il s’agit. Pour y parvenir, un plan stratégique articulé autour de six grands axes sera mis en œuvre. Il s’agit de :

1. L’amélioration de la règlementation du cadre des affaires

2. La mise en place d’un dispositif institutionnel rationnalisé d’appui aux entreprises

3. Le relancement des secteurs productifs

4. La décentralisation territoriale du commerce et de l’industrie

5. L’intensification de la coopération économique et des échanges commerciaux

6. La régularisation du secteur informel.


C’est donc l’agenda que nous nous sommes fixés. Le Ministère travaillera ardemment à la modernisation du cadre réglementaire des affaires pour éliminer ou atténuer les contraintes auxquelles se heurtent les entreprises et créer un environnement plus favorable à de nouveaux investissements. Il est donc urgent d’entretenir un dialogue avec le secteur privé sur les politiques publiques telles l’actualisation du code douanier, la mise en place d’un dispositif fiscal et juridique incitatif et simplifié, la promotion des Partenariats Publics Privés, qui permettront au pays, à brève échéance, d’effectuer un saut qualitatif par l’amélioration, entre autres, de son score dans le « doing business ».

Je prendrai, avec les ministères sectoriels, des mesures visant à développer les relations commerciales d’Haïti avec ses partenaires. Un juste équilibre sera trouvé entre les échanges sud-sud et nord-Sud. D’un côté, la proximité géographique avec des pays de la Caraïbes et des Amériques sera profitable, et, de l’autre côté, les entreprises nationales pourront accéder à des marchés étrangers plus grands et plus riches en bénéficiant des possibilités d'intégration dans les chaînes de valeurs mondiales.

En dépit du temps imparti, il est indispensable de stimuler les secteurs à fort potentiel d’exportation. Le MCI s’attachera ainsi à faire de grands efforts pour apporter des réponses concrètes aux besoins urgents des exportateurs en renforçant la connectivité aux marchés cibles, et en développant une offre plus attractive, plus diversifiée « Haïti un brand créole, des produits organiques créoles ». La croissance économique que nous évoquons si souvent repose sur la compétitivité et la productivité, elles-mêmes fortement tributaires d’une amélioration qualitative de l’environnement des affaires.

Que de séminaires n’avions-nous pas déjà fait sur les PMES ? Les PMEs haïtiennes restent confrontées à des taux d’intérêt élevés, des offres dominées par les crédits à court terme et sont soumises à des exigences de garanties importantes et à une faiblesse de leurs fonds propres ; ce qui limite leurs capacités à mobiliser des ressources pour faire face à leurs besoins d’investissements. Le MCI continuera à soutenir l’émergence des PMEs, au regard de leur rôle déterminant dans l’économie. Nous comptons assurer des synergies entre le service de Promotion des PMEs et les institutions financières afin de permettre de mobiliser davantage de ressources et d’assurer leur accompagnement grâce à des lignes de crédits préférentielles en vue de soutenir les start-ups et entreprises établies. Cela exigera l’identification de réseaux d’entreprises avec un fort taux de création de valeur ajoutée et d’emplois et de jeunes producteurs présentant un potentiel de développement intéressant.

Le programme de décentralisation du commerce et de l’industrie concernera à terme dix départements avec l’objectif d’éliminer progressivement la fracture entre le Pays en dehors « réservoir de la république » et une capitale macrocéphale. Faire bénéficier le milieu rural d’une intégration commerciale en vue de favoriser le dynamisme économique, c’est aussi résorber le chômage, et permettre aux haïtiens de la diaspora de trouver un terreau fertile, propice à l’investissement à travers des projets innovants.

Les bases d’une politique d’industrialisation et de développement des pôles de croissance seront jetées. Elles accorderont plus de place à la création de nouvelles unités d’exploitations, de transformation de produits, de nouvelles manufactures. Le programme de micro parcs industriels doit être dynamisé.

Par ailleurs, les résultats en matière d’attractivité des Investissements Directs Etrangers restent encore très en-deçà du potentiel réel. L’objectif est de stimuler le développement des secteurs porteurs et favoriser la réalisation des projets stratégiques à forte intensité de capital, à travers des fonds privés ou des partenariats public/privé. Pour lever ces contraintes, l’État aura à étudier la possibilité de mettre en place un dispositif de soutien financier à travers le Fonds de Développement Industriel ou jeter les bases pour un Fonds National de Garantie et d’Investissements Stratégiques.

Je suis consciente que la question de l’emploi est au cœur des préoccupations des jeunes. Pour en faire un des leviers de la croissance et de la création d’emplois nous comptons promouvoir l’entrepreneuriat. Qu’est ce qui empêche de développer de véritables agropoles, lieu d’insertion de jeunes diplômés d’écoles de formation professionnelle aux divers métiers? Ce programme d’entrepreneuriat sera rendu accessible à la population estudiantine et aux réseaux de jeunes entrepreneurs que nous aurons ciblés. De concert avec les universités publiques et privées « les savoirs locaux » seront valorisés, les réseaux de femmes entrepreneures au niveau de la paysannerie seront aidés afin de contrer le phénomène de l’exode massif vers le grand centre urbain et freiner la tertiarisation de l’économie locale. L’option de développer l’entreprise à tous les niveaux s’inscrit dans cette perspective.

Le Ministère compte soutenir les activités économiques des haïtiens de la diaspora qui, même s’ils sont loin des yeux, restent près de nos préoccupations. C’est l’occasion pour moi de magnifier ici leur contribution fondamentale à l’économie du pays et à la stabilité des familles. A cet égard, ces promoteurs bénéficieront d’accompagnement dans la formulation, l’évaluation et la gestion de leurs projets. Je suis persuadée, qu’avec cela, émergera une entreprise haïtienne en phase avec nos ambitions et nos valeurs, un creuset d’excellence offrant à nos jeunes les meilleures opportunités pour l’avenir.

Produire encore plus ce que nous consommons,

Consommer davantage ce que nous produisons

Et exporter ce que nous produisons.

Nous comptons créer un plan stratégique pour un système national d’innovation haïtien (SNIH) devant désigner les secteurs essentiels à forte valeur ajoutée et à forte intensité technologique dans lesquels les pouvoirs publics et l'université haïtienne doivent intervenir (électronique, automobile/ perfectionnement des normes de qualité des produits, recherche et développement et propriété intellectuelle).

Nous chercherons à œuvrer en vue de réduire la taille du secteur informel en rendant accessibles certains services publics aux « nano » Entreprises : la vente des pèpès, des unités de téléphone etc. La mise en place de mesures correctives est nécessaire pour favoriser une approche entrepreneuriale de l’économie informelle. Nous chercherons à travailler sur la reconnaissance de tous les métiers (forgeron, cireurs de chaussures, tambourineurs etc..). Dans la dynamique de constituer un nouveau pays, construisons ensemble un fond de garantie qui puisse permettre d’octroyer des crédits à tout entrepreneur informel qui souhaite se formaliser.

Le ministère doit mettre en place un « bouclier qualité-prix » qui garantira des prix justes sur de nombreux produits de consommation courante. Nous chercherons volontiers avec la coopération de tous à supprimer les abus de prix, établir un observatoire des tarifs qui s'intéresseront aussi aux marges et aux revenus et parvenir à de nouveaux modes de fixation des coûts. Le Bureau Haïtien de Normalisation a fait ses preuves et se mettra à vos services pour renforcer la qualité de vos produits et assurer le contrôle de qualité des produits importés.

En résumé, je voudrais vous dire que notre projet a pour ambition de placer l’entrepreneur haïtien au cœur de l’action. En faisant de l’accès aux services d’encadrement une réalité pour tous, nous parviendrons à créer un grand ministère. Je veillerai personnellement à la mise en œuvre diligente de ces réformes.

Mesdames, Messieurs, A cet instant précis, dans les endroits les plus reculés du pays, dans toute la Diaspora, nos compatriotes qui nous écoutent rêvent d’une Haïti Nouvelle. En me présentant devant vous ce matin, j’ai le profond sentiment que notre pays est entré dans une ère nouvelle. Une ère de ruptures qui annonce de nouvelles perspectives pour hisser Haïti au rang des nations émergentes. Nous devrions continuer à rêver d’un pays émergent mais nous sommes appelés chacun à apporter notre contribution à rendre ce rêve une réalité. Cette Haïti Nouvelle, oblige de faire face à tous les défis. Défis qui seront relevés non par les artifices de la politique mais par le travail sérieux en dépit du temps et des circonstances.

Le plan d’actions du MCI a besoin, pour réussir, de s’appuyer sur une citoyenneté plus active, plus exigeante, mais également plus responsable.

J’en appelle à l’engagement redoublé de tous les acteurs, les agents économiques, les comités consultatifs. Il sera institué un Comité de suivi des programmes et projets du Ministère. A travers ce comité, les citoyens seront régulièrement tenus au courant du travail du Ministère pour en apprécier les efforts, progrès et performances.

J’en appelle surtout au sens du devoir des employés du ministère, investis de la redoutable mais exaltante mission de préparer le futur de ce pays. Nos actions seront basées sur des critères d’excellence et d’équité. Je souhaiterais que le devoir de servir et l’esprit de collaborer vous interpelle régulièrement sur le niveau d’exécution des programmes. Je mettrai à votre disposition un cabinet bien rodé de professionnels avertis, académiciens et techniciens de haut niveau, disponibles et disposés à soulever avec vous l’éléphant.

Les moyens financiers à mobiliser à cette fin pour conduire ces changements attendus sont indispensables. Notre choix, c’est aussi la transparence, dictée par le souci de rendre nos actions plus lisibles, pour permettre à tout citoyen de mesurer le niveau de satisfaction de ses attentes. Notre souci permanent sera celui de la performance et de l’efficacité, efficacité des dépenses, efficacité dans la conduite des actions, avec un suivi rapproché de l’exécution de nos engagements.

Il n’y a aujourd’hui aucune autre alternative sérieuse pour réussir le pari de changer Haïti que celui de travailler, travailler d’arrache-pied et souvent dans l’urgence, tout en construisant les bases solides. C’est le travail qui est à l’origine de toute performance. Le travail est un acte de foi tel que nous l’enseigne Dieu. C’est seulement à travers le travail, l’organisation, la discipline et la rigueur que les grandes Nations se sont construites. Et c’est à travers le travail, l’organisation, la discipline et la rigueur qu’Haïti se construira.

C’est le défi que compte relever le gouvernement. Ce sera le défi au Ministère. En réalité, ce plan d’action continuera de s’exécuter dans un contexte de défis, mais aussi un contexte d’opportunités à saisir. C’est ce qui rend notre mission encore plus exaltante !

Ce pays, notre pays, Haïti, nous le bâtirons nous-mêmes, personne ne le fera à notre place et il est de notre devoir de léguer à nos enfants une Haïti, meilleure, un Ministère qui répond aux exigences du progrès économique et social. Ensemble, nous sommes Haïti et nous avons à la faire ensemble. Chacun doit prendre sa part : l'Etat à travers une vision -- ce qu'il pense être le destin d’Haïti pour les prochaines années. Les agents économiques, à travers la coopération, les employés à travers leurs actions. Nous n’avons plus aucun choix.

Que Dieu nous garde et qu’Il garde Haïti !

Merci.-